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Le Club de Lecture de la Librairie du Tram

Articles avec #la chronique de marie catégorie

Votez Moi d'abord !

Publié le 18 Février 2017 par Marie dans La Chronique de Marie

« Se faire son propre avis est non seulement passé de mode, mais c'est aussi une perte de temps, car tous les cracks des instituts de sondage savent déjà ce que vous pensez, et si vous pensez que vous ne pensez pas ce que vous pensez, ça montre seulement que vous n'êtes qu'un râleur excentrique, alors qui peut bien se soucier de ce que vous pensez ? »

 

Roger Price, plume de l'humoriste américain Bob Hope, signe-là une satire réjouissante du monde politique mais réservée aux connaisseurs de la politique américaine.

 

Ecrite durant l'élection présidentielle 1952/1953, qu'Eisenhower remporte haut la main, avec un certain Nixon comme vice-président, écrasant Harry Truman enlisé dans la guerre de Corée et une primaire démocrate complètement folle :

 

« Les politiciens sont la branche la plus ancienne connue de l'histoire humaine ; on en trouve de tout temps et dans tous les coins du monde, civilisé ou non civilisé. On les repère plus aisément au cours de ce qu'on appelle "l'année électorale" quand pour des raisons encore mal connues, sinon d'eux-mêmes, ils se déversent des montagnes et des plaines tels des lemmings, tentent de se ruer tous à la fois dans la législature.
Cette vision terrible, quand on en est témoin, n'est pas de celles qu'on oublie facilement ».

 

Price expose un programme politique faisant de la corruption un système auquel toutes et tous peuvent prétendre avoir leur part et dont l'antienne est « Faire cracher les pauvres », (« ces bouffis de pauvres se la coulent douce depuis trop longtemps déjà »).

 

Il imagine un candidat à l'élection présidentielle sudiste, analphabète, bête, malhonnête et autres rimes en -ête, dont la seule qualité est de faire ce qu'on lui dit sans poser de question.

 

Il n'hésite pas à piquer une vanne de Lewis Caroll sur les caucus, taxe Hoover de « danger potentiel pour la sécurité dans n'importe quelle opération du gouvernement Moi d'abord », prône le financement exorbitant de la lutte contre la « menace verte », comprendre la chasse aux extraterrestres (clin d’œil) à Orson Welles.

 

Enlevé, érudit, cependant il est difficile de suivre pour nous autres non-américains et beaucoup de références sont désormais datées. Mais en cette année électorale française et d'accession au pouvoir de Trump, ce petit pamphlet tombe à pique pour ne pas oublier d'en rire plutôt que de se complaire dans la consternation.

 

Roger Price - Votez Moi d'abord, ed. Nouvelles Editions Wombat

160 pages - 18 € - parution 5 janvier 2017
Le commander

 

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En Ami de Forrest Gander

Publié le 13 Septembre 2016 par Marie dans La Chronique de Marie

En Ami de Forrest Gander

« Il aimait insérer des silences entre les choses remarquables qu'il disait, de l'absence entre ses gestes extravagants. Avec le recul, j'imagine qu'il s'entraînait à sa propre mort. Et quant il s'est introduit dans mon appartement cette nuit-là et m'a tendu un poème, il s'assurait du rôle que je devais y jouer.
J'ai pensé alors : il m'aime. C'est ça que ça veut dire. C'est pour ça qu'il est venu exprès jusqu'ici m'apporter ce papier où il a écrit un poème et me dire qu'il ne pouvait pas rester. J'ai pensé : il y a entre nous une intimité incomparable. Il a écrit quelque chose pour moi.
Le poème s'intitulait « Enclos ». »

Lester est admirable et admiré, menteur et brutalement honnête, désinvolte et imprévisible, géomètre et poète. Abandonné à sa naissance, aimé des hommes et des femmes, séducteur invétéré mais qui porte un regard sur le monde d'une incroyable acuité.
Ils sont deux à évoquer leur amour pour lui, d'un amour incarné, viscéral, tumultueux.
Dans ce bled aride, François Villon surgit, Lester cite Camus, Gide et Miles Davis.

Ce n'est ni un roman choral, ni un poème, ni rien de ce que à quoi je m'attendais lorsque j'ai commencé ce livre. C'était tout ça à la fois et rien non plus. C'était époustouflant.
Un roman court, une plume incisive et subtile, qui n'est pas sans rappeler l'écriture de Steinbeck, de celle qui nous fait reconnaître sans faille la grande littérature américaine.

Comme dit Sabine Wespieser, son éditrice : « Forrest Gander a su, avec une remarquable économie de moyens, dire les frontières ténues entre l’amitié, l’amour et la mort, donnant à un fait divers somme toute banal une étonnante intensité tragique. »

« S'approcher de l'autre et du monde avec toute la vulnérabilité qu'on est capable d'endurer. S'ouvrir au dehors. De tout notre esprit, notre corps et notre imagination, toujours s'ouvrir.

C'est comme je le disais. En poète. En ami. »

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Romanesque de Tonino Benacquista

Publié le 11 Septembre 2016 par Marie dans La Chronique de Marie

Romanesque de Tonino Benacquista

France 12e siècle après JC. Un braconnier et une cueilleuse s'aiment. Ils s'aiment tant et forgent un lien si fort que ni l’Église, ni le Roi, ni Dieu, ni même le Diable ne peuvent le briser. Séparés, ils n'ont de cesse de se retrouver par-delà le temps et les mers.

Très bel exercice de style et hommage à pléthore d'auteurs consacrant l'Amour. De la chanson de Roland à Arturo Pérez-Reverte, de Michel Tournier à Gustave Flaubert, sans oublier Voltaire et Shakespeare - et j'en oublie, Tonino Benacquista use de tous les codes narratifs. Tour à tour épopée, chant, conte, épître... L'important n'est pas tant l'histoire et ces personnages (dont on ignore leur nom) mais de la manière dont les histoires sont appropriées puis narrées, de la tradition orale aux poètes, du romancier aux twittos.
Cela manque pourtant de consistance ; si le fond peut être éclipsé, il faut pour cela un style plus étincelant et vice-versa.

"A tant décrire l'autre, et les raisons impératives de le revoir, ils avaient éveillé la curiosité des peuples, ils avaient ému les hommes et rassuré les femmes, ils avaient réconcilié les couples, ils avaient inspiré les jeunes (...), ils avaient démontré les infinies ressources sur cœur, ils avaient contraint les tyrans, ils avaient bouleversé les sceptiques, ils avaient redonné espoir aux résignés."

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